Mathieu Henri Bogaerts

Mathieu Henri Bogaerts
Voir Arbre Voir Fiche TNG

 

Violoniste (Anvers 1897 – Camp de concentration de Dora-Mittelbau 1945) 

Mathieu Henri Bogaerts est le second fils de Sylvie Lambertine Reding, et de Lodewijk Hendrik Bogaerts.
Son frère ainé est décédé en 1911 âgé de 17 ans. Mathieu a épousé Maria Francisca Bellens à Anvers en 1921. Il était âgé de 24 ans, son épouse avait 23 ans. Un an après un fils leur est né, Eugène.

Mathieu était violoniste de formation, mais cela ne nourissait pas sa famille. Il a donc trouvé un travail comme maître nageur. Ils se sont établis à Anvers, et ont déménagé vers la rue Gretry en 1934 où Maria Francisca Bellens avait trouvé à s’employer comme concierge.
Le beau-frère de Maria Francisca, Piet Verhoeven, habitait le même immeuble à appartements.

Pendant la guerre, Mathieu Bogaerts et son fils Eugène ont aidé la résistance en distribuant des journaux clandestins, et en fournissant des informations sur les officiers allemands qui résidaient dans leur immeuble. Ils faisaient partie de l’armée secrète.

Ils ont aussi abrité des meubles et des biens d’une famille juive dans la cave de l’immeuble.

Leur beau-frère, membre du VNV, a adhéré aux SS et collaborait avec la Gestapo. Il était connu comme “chasseur de juifs”
Vers la fin de la guerre, il a dénoncé sa belle-soeur, son beau-frère et son neveu pour faits de résistance.
Maria Francesca a été déportée à Ravensbrück, Mathieu et Eugène ont été déportés à Dora. Le camp de concentration de Dora, également appelé Nordhausen-Dora, est un camp de concentration nazi créé en  comme dépendance du camp de Buchenwald et destiné à la fabrication de missiles V2. Il devient un camp de concentration autonome en octobre 1944 sous le nom de Dora-Mittelbau.

Quand après avoir survécu au camp de concentration de Ravensbrück, elle est revenue à Anvers, elle a appris que son mari était mort des suites de mauvais traitements au camp de concentration de Dora.
Plus tard, elle a appris que son fils unique était également mort lors de la “marche de la mort”. Au moment de l’approche des Alliés, ne voulant laisser aucune trace de leurs atrocités dans le camp de concentration de Dora, les nazis imaginent d’en extraire deux convois. L’un d’eux comportera ceux que les Allemands considèrent comme les plus malades et sera acheminé jusqu’au camp de Bergen-Belsen. L’autre, rassemblant les plus aptes à marcher, partira sous la garde de nazis chargés d’éliminer au fur et à mesure de la progression tous ceux qui ralentiront la bonne marche du convoi.

Madame Bogaerts  a vécu jusqu’en 1987, à quelques minutes de chez nous.

Papa, qui était leur lointain cousin, m’a raconté que mon grand-père, Fernand Marquet, docteur en droit, avait aidé Madame Bogaerts à faire valoir ses droits après la guerre. Je n’en ai pas trouvé de traces dans les très volumineux dossiers d’archives les concernant. Papa disait que “les cousins Bogaerts” avaient été dénoncés par leur beau-frère qui voulait s’emparer de leur collection de timbres. Je n’ai pas retrouvé cette information dans les dossiers des procès de Piet Verhoeven.

Je regrette beaucoup de ne pas avoir su que Madame Bogaerts vivait là, près de chez nous, à Anvers, et que nous ne l’avons jamais rencontré.

Les parents de Mathieu Bogaerts – et donc les grands-parents d’Eugène – ont survécu à la mort de leur seuls fils et petit-fils. Lodewijk Hendrik est mort en 1958 à l’âge de 86 ans, et Sylvie Lambertine Reding est morte en 1959 âgée de 93 ans. J’imagine ce qu’à du être la douleur de vivre avec le souvenir de ces êtres aimés.

Piet Verhoeven a été condamné à mort après la guerre. Sa peine a été confirmée en appel. Elle n’a jamais été exécutée, et il a été libéré en 1961 1. Comme beaucoup de ceux qui ont collaboré avec les nazis.

La photo de Mathieu Bogaerts qui illustre cet article vient de son dossier au camp de concentration de Buchenwald. C’est la seule photo que nous connaissons de lui.


 

  1. Voir: Gewone Vlamingen ? De jodenjagers van de Vlaamse SS in Antwerpen, 1942 (Deel 2) ↩︎

Voir Arbre Voir Fiche TNG